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Chrysoperla carnea : définition et caractéristiques

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L’article en bref

La chrysope verte, une alliée redoutable contre les ravageurs du jardin bio.

  • Prédatrice féroce : ses larves dévorent 200 à 500 pucerons chacune, ainsi que thrips, acariens et cochenilles
  • Identification facile : adulte vert clair aux yeux dorés, larves crème à brun avec grandes mâchoires projetées
  • Cycle rapide : 22 à 60 jours du printemps à l’automne, avec deux à trois générations successives
  • Accueil simple : diversifier la flore, bannir les pesticides et fabriquer un abri rempli de paille pour l’hivernage

La première fois que j’ai observé une larve de chrysope à la loupe, j’ai été frappé par sa férocité. Cette minuscule créature, pas plus grande qu’un grain de riz, dévorait un puceron en quelques secondes. Depuis, la Chrysoperla carnea, communément appelée chrysope verte, est devenue l’une de mes alliées préférées au jardin bio. Voici pourquoi cet insecte mérite toute ton attention.

Qu’est-ce que la chrysope verte : portrait d’un prédateur méconnu

Taxonomie et espèces proches

La Chrysoperla carnea, ou « demoiselle aux yeux d’or », appartient à la famille des Chrysopidae, dans l’ordre des neuroptères. En France, on recense environ cinquante espèces de chrysopes. Parmi les sept espèces de Chrysoperla connues en Europe occidentale, trois forment ce qu’on appelle le complexe carnea : Chrysoperla carnea, Chrysoperla affinis et Chrysoperla lucasina.

Ces trois espèces se distinguent par leurs habitats préférés. Chrysoperla carnea fréquente la canopée, Chrysoperla lucasina reste dans la strate basse herbacée, caractéristique de la région méditerranéenne. Chrysoperla affinis, elle, est plus éclectique. À l’échelle nationale, Chrysoperla carnea sensu lato représente 36 % des chrysopes récoltées lors d’échantillonnages, devant Pseudomallada prasinus (28 %) et Pseudomallada flavifrons (17 %).

Morphologie des adultes

Reconnaître un adulte est assez élémentaire. Les adultes mesurent entre 20 et 28 mm d’envergure, avec un corps élancé vert clair et des yeux dorés ou cuivrés, d’où le surnom « demoiselle aux yeux d’or ». Leurs ailes, grandes et transparentes, finement nervurées de vert, restent en position de tente au repos, sans possibilité d’être repliées.

En automne, les individus en diapause prennent une teinte jaunâtre, voire rose-rouge. Cette coloration disparaît au printemps, quand l’activité reprend. Les adultes sont strictement nocturnes, actifs du coucher au lever du soleil, surtout en première partie de nuit. Ils ne chassent pas : ils se nourrissent exclusivement de pollen, nectar, miellat et substances sucrées. Ce sont uniquement les larves qui constituent la force prédatrice de l’espèce.

Morphologie des larves et des œufs

Les larves mesurent de 2 mm au premier stade à 7-8 mm au troisième stade. De couleur crème à brun clair, elles portent de grandes mâchoires projetées vers l’avant et des tubercules latéraux couverts de poils. La tête est gris clair, avec des yeux noirs bien visibles. Deux bandes brun chocolat parcourent le corps dorsalement.

Les œufs, eux, sont ovales, vert pâle ou blancs, fixés au substrat par un pédicelle fin et flexible. Une femelle pond en moyenne plus de 20 œufs par jour, pouvant atteindre une fécondité de 2 000 œufs en milieu protégé. Ils sont déposés à la face inférieure des feuilles, près des colonies de ravageurs.

Stade Taille Durée
Œuf Ovale, ~1 mm 4 à 10 jours
Larve 2 à 8 mm 8 à 18 jours
Pupe (cocon) Cocon ext. 8 mm Variable
Adulte 20-28 mm envergure Printemps à automne

Cycle de vie et comportement de la chrysope

Du printemps à la diapause hivernale

Le cycle complet de la Chrysoperla carnea dure entre 22 et 60 jours selon les conditions. Deux à trois générations se succèdent pendant la belle saison. L’espèce se multiplie en continu lorsque la photopériode dépasse 13 heures de lumière par jour et que la température reste supérieure à 12 °C. L’efficacité est maximale entre 20 °C et 28 °C.

En automne, quand les jours raccourcissent, les adultes entrent en diapause. Ils se réfugient sous des tas de feuilles, dans des haies, des touffes de lierre ou des greniers. Certaines espèces survivent à des températures de -25 °C. Au printemps, la couleur verte reprend et l’activité repart, plus ou moins tôt selon la disponibilité alimentaire.

La prédation larvaire : des chiffres qui impressionnent

J’ai fréquemment du mal à convaincre les jardiniers réticents. Alors je leur donne les chiffres. Une larve consomme en moyenne 200 à 500 pucerons pendant son développement, et peut s’attaquer à jusqu’à 10 000 acariens sur l’ensemble de son cycle. Elle injecte un liquide salivaire qui liquéfie le contenu de sa proie, puis aspire le tout. Efficace, non ?

Les larves s’en prennent aussi aux thrips, cochenilles, aleurodes, cicadelles, psylles et jeunes chenilles. Si les proies manquent, elles n’hésitent pas à pratiquer le cannibalisme. Pour en savoir plus sur les autres insectes utiles au potager bio, j’y consacre un guide complet sur ce blog.

Reproduction et communication sonore

La reproduction repose sur un rituel sonore original. Les partenaires frappent le substrat avec leur abdomen, émettant des vibrations spécifiques à chaque espèce. Trois « chants » distincts ont été identifiés : Cc1 pour Chrysoperla lucasina, Cc2 (dit « slow motorboat ») pour Chrysoperla carnea et Cc4 pour Chrysoperla affinis. La femelle n’accepte la copulation que si le signal correspond au standard de son espèce.

Les chrysopes disposent également d’un système d’ultrasons pour détecter les chauves-souris en chasse. Quand elles captent un signal, elles plongent brusquement. Ce mécanisme leur permet de survivre dans près de 50 % des confrontations. Parmi leurs autres ennemis naturels : les parasitoïdes Telenomus, Helorus, Tetrastichus, Gelis et le parasite Chrysopophthorus chrysopimaginis, spécifique à la zone méditerranéenne.

Attirer et favoriser la chrysope dans ton jardin bio

Créer les conditions favorables

La lutte biologique au jardin repose avant tout sur l’accueil des auxiliaires. Pour la chrysope, cela commence par bannir les pesticides. Elle y est très sensible, même à faible dose. Ensuite, diversifie la flore : bourrache, capucine, phacélie, aneth, fenouil sauvage ou carotte sauvage attirent les adultes pour se nourrir et pondre.

Maintiens des zones enherbées, des haies multi-strates, des bandes fleuries et des points d’eau. Ces structures offrent abri, nourriture et sites de ponte. La diversité végétale est clé : plus les floraisons s’étalent dans le temps, plus tu retiens les adultes près de tes cultures.

Fabriquer un abri à chrysopes

Voici une chose simple que je fais chaque automne : je fabrique un abri à chrysopes. Une boîte en bois percée de trous de 10 à 15 mm de diamètre, remplie de paille, de foin ou de lanières de papier journal froissé. Je la fixe sur un arbre, à l’abri des vents et de la pluie. En novembre, je la rentre dans le garage pour protéger les hivernants du gel.

Pour aller plus loin dans l’accueil des prédateurs naturels, pense aussi à favoriser la coccinelle, prédateur emblématique du jardin : elle complète idéalement l’action de la chrysope sur les colonies de pucerons.

Utiliser les chrysopes en production sous serre

Dans un cadre plus professionnel, les chrysopes sont élevées en insectarium à l’aide d’œufs d’Anagasta kuehniella (teigne de la farine) pour les larves, et d’une pâtée de miel, pollen et hydrolysat de levure pour les adultes. Les lâchers inondatifs restent rares en grande culture en France, mais donnent d’excellents résultats sous serre, notamment avec Chrysoperla lucasina contre pucerons et acariens.

L’espèce est tolérante à la majorité des produits phytosanitaires usuels, ce qui facilite son intégration dans des programmes de protection intégrée. C’est un auxiliaire accessible, économique à produire, et parfaitement adapté aux conditions biogéographiques de la zone tempérée.

Sources complémentaires : wiki de la lutte biologique | wiki de la lutte bio

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