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Qu’est-ce qu’une confusion sexuelle : définition

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L’article en bref

La confusion sexuelle en viticulture est une méthode innovante de protection des vignes contre les ravageurs.

  • Un principe biologique ingénieux : saturer l’atmosphère de phéromones de synthèse pour désorienter les mâles papillons et empêcher l’accouplement
  • Efficacité prouvée : cible l’eudémis et la cochylis, responsables de dégâts directs et indirects sur les grappes depuis 1974
  • Mise en œuvre précise : environ 500 diffuseurs par hectare en disposition quinconce, surface minimale de 5 hectares requise
  • Contrainte collective : impossible d’appliquer seul, nécessite une coordination entre viticulteurs voisins
  • Avantages environnementaux : zéro toxicité, respect de la biodiversité, réduction drastique des insecticides chimiques

Il y a quelques années, lors d’une visite dans un domaine viticole du Bordelais, j’ai vu un viticulteur suspendre de petits diffuseurs aux fils de vigne, rang après rang, avec une précision méticuleuse. Intrigué, j’ai demandé ce que c’était. Sa réponse m’a fasciné : « Je perturbe les amours des papillons. » Cette technique, c’est la confusion sexuelle en viticulture, et elle mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

Qu’est-ce qu’une confusion sexuelle : comprendre le principe biologique

La confusion sexuelle repose sur un mécanisme naturel détourné avec intelligence. Les femelles de certains papillons ravageurs, comme l’eudémis et la cochylis (les deux tordeuses de la grappe les plus redoutées en viticulture), émettent des phéromones sexuelles pour attirer les mâles. Ces molécules chimiques, propres à chaque espèce, guident les mâles jusqu’aux femelles pour permettre l’accouplement.

L’idée de la confusion sexuelle consiste à saturer l’atmosphère de la parcelle avec ces mêmes phéromones, reproduites par synthèse chimique. Bilan : les mâles nagent dans un brouillard olfactif. Ils ne parviennent plus à distinguer le signal d’une femelle réelle. Désorientés, ils ne s’accouplent pas. Sans accouplement, pas d’œufs fécondés. Et sans œufs, pas de chenilles pour ravager les grappes.

C’est l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui a mis en place cette technique dès 1974, à Bordeaux. Il aura fallu attendre 1995 pour qu’elle soit officiellement homologuée en France. Depuis, les viticulteurs français, suisses, espagnols, allemands et italiens ont adopté la méthode pour protéger leurs vignes des vers de la grappe.

Les ravageurs ciblés et leurs dégâts

L’eudémis et la cochylis sont des papillons dont les chenilles causent deux types de dommages bien distincts. D’abord des dégâts directs : elles consomment les boutons floraux et perforent les grains de raisin. Ensuite des dégâts indirects, peut-être encore plus insidieux : les blessures qu’elles créent ouvrent la porte au Botrytis Cinerea, ce champignon pathogène qui compromet à la fois la qualité et la quantité de la récolte.

Une femelle peut pondre entre 50 et 80 œufs. Autant dire qu’une population mal maîtrisée peut rapidement mettre à genoux un vignoble entier. C’est précisément pourquoi le suivi des populations est indispensable.

Le suivi pour évaluer l’efficacité

Vérifier si la confusion fonctionne bien dans une parcelle n’est pas une option, c’est une obligation. Des pièges sexuels sont posés dans les zones les plus sensibles. Attention en revanche : l’absence de capture dans ces pièges ne prouve pas que tout va bien. Des captures d’eudémis ou de cochylis signalent soit une confusion insuffisante, soit un vol spécialement intense.

Le comptage de première génération reste impératif pour identifier les espèces présentes. Le seuil d’intervention pour un traitement chimique préventif en deuxième génération se situe à 30 glomérules avec chenilles vivantes pour 100 inflorescences. Seules des pressions supérieures à 60 glomérules pour 100 inflorescences imposent un traitement curatif. Pour les inflorescences touchées, le seuil de déclenchement oscille autour de 50 %, ou 30 % dans les vignobles les plus sensibles.

Mettre en place la méthode : conditions et contraintes terrain

Sur le terrain, la mise en œuvre demande une organisation rigoureuse. Il faut compter environ 500 diffuseurs par hectare, chaque diffuseur couvrant une surface de 20 m². Pour un écartement standard entre rangs de 2,20 m, on pose un diffuseur un rang sur deux, tous les 4,5 m linéaires. La disposition en quinconce est obligatoire pour certifier une couverture homogène.

Le tableau ci-dessous résume les principaux paramètres de pose :

Paramètre Valeur
Diffuseurs par hectare 500
Surface par diffuseur standard 20 m²
Surface par vaporisateur 5 000 m²
Distance entre diffuseurs (linéaire) 4,5 m
Surface minimale utile 5 ha (5 à 10 ha en zones venteuses)

La contrainte collective : impossible de faire cavalier seul

C’est là que beaucoup de viticulteurs butent. La confusion sexuelle n’est utile qu’à partir d’une surface minimale homogène de 5 hectares. Dans les zones exposées à des vents violents comme le vent d’Autan ou la Tramontane, cette surface monte à 5 à 10 hectares minimum. Impossible, donc, de l’appliquer seul dans son coin sans concertation avec ses voisins.

Pour les parcelles séparées d’autres vignes par un chemin de plus de 5 mètres, il faut doubler la densité des diffuseurs en bordure. Les arbres et haies voisins (cyprès, arbustes) doivent aussi en recevoir. Quand des parcelles voisines ne sont pas protégées par la méthode, les diffuseurs doivent couvrir ces zones sur une profondeur de 30 à 40 m. Ce travail collectif, je l’ai vu fonctionner : quand tout le monde joue le jeu, les résultats sont spectaculaires.

Avantages environnementaux et limites à connaître

La technique présente des atouts indéniables. Aucune toxicité pour l’utilisateur (le port de gants reste conseillé lors de la pose), aucun résidu sur les raisins, respect total de la faune auxiliaire et de la biodiversité. Elle réduit drastiquement le recours aux insecticides classiques, ce qui correspond exactement aux valeurs que je défends sur ce blog.

Ses limites existent néanmoins. Elle coûte plus cher qu’une protection chimique classique. Chaque printemps, il faut remplacer les 500 diffuseurs par hectare. Même recyclables, renouveler ces centaines de capsules chaque année génère des déchets. Une alternative plus sobre a été développée : des boîtiers équipés d’une bombe aérosol et d’un minuteur, installés pour 180 jours puis réutilisés l’année suivante. Ces outils diffusent les phéromones uniquement le soir et la nuit, pendant les vols des papillons, et génèrent beaucoup moins de déchets.

Le même principe s’applique d’ailleurs dans les vergers contre le carpocapse des pommes et des poires, ou encore contre la tordeuse orientale du pêcher. L’Association internationale des fabricants de produits biologiques (IBMA) estimait que 70 % des insecticides seraient remplacés par des substances naturelles (phéromones, champignons, nématodes) d’ici 2020. Nous y sommes. La confusion sexuelle est, à ce titre, bien plus qu’une technique : c’est une philosophie de protection des cultures qui s’inscrit dans une agriculture respectueuse et raisonnée.

Pour approfondir le sujet, tu peux consulter le wiki de la lutte biologique ainsi que le wiki de la lutte bio.

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