L’article en bref
L’article en bref
La teigne du poireau, ce petit papillon nocturne, cause des dégâts considérables aux alliacées en culture biologique.
- Identification : papillon brun de 16 mm avec un triangle blanc distinctif ; chenilles creusent des galeries dans les feuilles
- Prévention : filet anti-insectes posé avant les vols, rotation des cultures et compagnonnage avec carottes et aromates
- Traitements biologiques : BTK pour les larves jeunes, purin de prêle + savon noir tous les 7 à 14 jours
- Actions curatives : couper les feuilles infestées, élimination manuelle et favoriser les prédateurs naturels comme les perce-oreilles
- Vigilance : surveiller dès mars-avril, période critique de mi-juin à mi-août avec 2 à 3 générations annuelles
Chaque été, je retrouve les mêmes traces dans mes poireaux : des feuilles trouées, des galeries creusées, quelquefois un cœur complètement pourri. La teigne du poireau, Acrolepiopsis assectella de son nom scientifique, est un ravageur redoutable que j’ai appris à connaître et à combattre au fil des saisons. Ce petit papillon nocturne de seulement 16 mm fait des dégâts disproportionnés, surtout quand on cultive ses alliacées en bio. Voyons ensemble comment l’identifier, la prévenir et la traiter efficacement.
Reconnaître la teigne du poireau et comprendre ses dégâts
À quoi ressemble cet insecte ?
L’adulte est un papillon brun aux ailes étroites, marquées de taches noires et blanches. Son signe distinctif : un triangle blanc visible sur les ailes au repos. Les adultes ne vivent que 8 à 10 jours après leur émergence, mais une femelle peut pondre entre 100 et 120 œufs en une semaine. Les œufs mesurent à peine 0,5 mm, sont blanc sale et ovales. Ils éclosent en 3 à 10 jours. Difficile de les repérer à l’œil nu, j’en ai fait l’expérience !
Le cycle de vie comprend 2 à 3 générations par an en climat tempéré, voire 4 à 5 dans les régions méridionales. Les premiers vols débutent dès mars-avril. La deuxième génération, active de mi-juin à fin août, provoque les dégâts les plus significatifs. Une troisième génération apparaît entre fin août et fin septembre. Les hivers doux dans nos potagers favorisent clairement la survie des chrysalides dans les débris végétaux.
Les symptômes d’une attaque
Les chenilles passent par 5 stades larvaires. Leur développement prend environ 2 semaines selon la température. Dès la première semaine, elles creusent des galeries dans les feuilles. Sur le poireau, les feuilles centrales s’enroulent, présentent de nombreux petits trous et des stries blanches. Les bouts jaunissent, les tiges flétrissent. Dans les cas graves, le cœur pourrit et le poireau devient inconsommable.
Sur les oignons, on observe plutôt des fenêtres translucides sous l’épiderme. Les bulbes peuvent se dessécher partiellement. Toutes les espèces d’Allium sont concernées : ail, oignon, échalote, ciboule. Je le répète souvent à mes lecteurs : même une infestation modérée de teigne du poireau peut rendre une récolte de feuillage inutilisable. Les galeries ouvrent aussi la porte aux pourritures bactériennes et fongiques.
Ne pas confondre avec d’autres ravageurs
La mouche mineuse du poireau, identifiée en France en 2003, produit des asticots et non des chenilles. La mouche de l’oignon et la rouille du poireau causent des symptômes proches. Pour distinguer la teigne, l’absence de larves blanchâtres mais la présence de chenilles vertes ou beiges avec une tête brune est déterminante. Commence ton inspection dès le mois d’avril, particulièrement sur les rangs en bordure de parcelle.
Prévenir les attaques grâce aux bonnes pratiques culturales
Le filet anti-insectes, ta optimale arme
C’est la méthode la plus efficace en jardinage familial. Le filet doit être posé dès la plantation, avant le début des vols, et maintenu du printemps jusqu’à octobre. Attention : il ne doit pas toucher les feuilles. Si tu es aussi gêné par la mouche mineuse, opte pour un filet à mailles très fines plutôt qu’une simple moustiquaire climatique. Le filet peut être soulevé dans la journée pour désherber, la teigne volant uniquement la nuit.
Voici les pratiques préventives que je recommande systématiquement :
- Pratiquer la rotation des cultures : ne replante jamais des alliacées au même endroit deux années consécutives.
- Repiquer les plants après juin pour éviter la première génération active de fin avril à début juin.
- Laisser sécher les plants 2 jours au soleil avant de les repiquer : leur odeur s’atténue et attire moins les femelles en quête de sites de ponte.
- Nettoyer soigneusement les débris végétaux après chaque récolte, sans les composter mais en les brûlant ou en les enfouissant.
Le compagnonnage fonctionne très bien aussi. Associe tes poireaux à des carottes : l’odeur des carottes perturbe le repérage olfactif de la teigne, tandis que les poireaux éloignent la mouche de la carotte. Planter des aromates parfumés comme la tanaisie ou l’absinthe brouille davantage les pistes. Évite absolument le purin d’ortie près de tes alliacées : son odeur attire au contraire la teigne.
Les pièges à phéromones pour surveiller les vols
Pose un piège à phéromones spécifique dès le mois de mars. Il capture les mâles et réduit ainsi les accouplements. Surtout, il te permet de repérer précisément les deux périodes de vol clés : de mi-avril à début juin, puis de mi-juin à mi-août. Ces informations permettent de cibler les interventions avec précision. Utilise ces pièges avec parcimonie car ils peuvent capturer des insectes utiles au potager bio, ce qui créerait un déséquilibre préjudiciable.
Traiter naturellement la teigne du poireau en cas d’infestation
Les traitements biologiques de référence
Le Bacillus thuringiensis kurstaki (BTK) est la option biologique la plus ciblée. Cette bactérie paralyse les chenilles sans affecter les insectes bénéfiques. Applique-le dans les 7 à 10 jours suivant les vols détectés par le piège, en répétant le traitement tous les 10 jours. Condition impérative : les larves ne doivent pas encore avoir pénétré dans le fût. Une fois à l’intérieur des tissus, le BTK est inefficace. Je reste pourtant prudent avec cette solution car une utilisation intensive peut créer des déséquilibres dans la faune microbienne du sol.
Le purin de prêle est mon répulsif de référence au quotidien. Je l’applique tous les 7 à 14 jours, de mars à octobre, avec un pic d’attention en juillet-août. J’y ajoute un peu de savon noir pour améliorer l’adhérence. Le purin de tanaisie et celui de rhubarbe complètent bien l’arsenal. Ces applications fonctionnent sur les larves baladeuses et sur les adultes.
| Méthode | Type | Efficacité | Moment d’application |
|---|---|---|---|
| BTK (Bacillus thuringiensis) | Biologique | Élevée (larves stades précoces) | 7 à 10 jours après les vols |
| Purin de prêle + savon noir | Naturel répulsif | Bonne (préventif et curatif) | Tous les 7 à 14 jours, mars à octobre |
| Filet anti-insectes | Physique | Très élevée | Printemps jusqu’à octobre |
| Piège à phéromones | Surveillance et capture | Limitée seul, utile en combinaison | Dès mars |
Actions curatives immédiates
Dès que tu constates une attaque, coupe les feuilles infestées et jette-les à la poubelle des déchets organiques, jamais au compost. Si le fût est ravagé, rase le plant au ras du sol : il repousse souvent sainement. Écrase manuellement les larves visibles. Pour les petits ravageurs similaires aux thrips, les mêmes gestes d’observation régulière et d’élimination manuelle restent la base.
Favorise aussi la présence de perce-oreilles, l’un des rares prédateurs naturels efficaces contre la teigne. Plante des salades romaines à proximité pour les attirer. Trichogrammes et micro-guêpes comme les Tricho-Gard constituent des auxiliaires intéressants, bien que plus coûteux à mettre en œuvre. En Europe et en Asie, ces prédateurs régulent naturellement les populations d’Acrolepiopsis assectella. C’est d’ailleurs leur absence dans le Nouveau Monde après l’introduction accidentelle du ravageur dans les années 1990 qui explique les dégâts considérables observés au Canada depuis 2007.
Lutter contre la teigne du poireau en bio demande de la constance. Combine systématiquement les approches préventives, la surveillance régulière et des interventions rapides. Pour approfondir tes connaissances sur les mécanismes naturels de régulation, consulte le wiki de la lutte biologique et le wiki de la lutte bio.