Blog

Comment lutter contre le charançon du pois : guide pratique

Written by

L’article en bref

L’article en bref

Le sitone et la bruche sont deux coléoptères distincts qui ravagent les pois avec des stratégies différentes. Le sitone s’attaque aux feuilles au printemps et ses larves détruisent les racines. La bruche pond discrètement dans les gousses et ses larves consomment l’intérieur des graines. Connaître leurs cycles respectifs permet d’adapter la lutte.

  • Agir contre le sitone avant la ponte avec de la cendre, une infusion de tanaisie ou un purin de pyrèthre en fin d’après-midi
  • Récolter les pois plus tôt pour éviter que les larves de bruche ne s’installent dans les graines
  • Trier par flottaison, congeler puis conserver au réfrigérateur les semences pour éliminer les larves résiduelles
  • Pulvériser une décoction de tanaisie (30 g de fleurs pour 1 litre d’eau) pendant la floraison comme répulsif naturel

Ouvrir une gousse de pois et tomber sur un petit insecte blanc lové dans la graine… j’ai vécu ça la première fois il y a une vingtaine d’années, et j’ai compris immédiatement que ma récolte était fichue. Depuis, j’ai appris à reconnaître les deux principaux ennemis du pois au jardin : le sitone et la bruche. Ces deux coléoptères n’agissent pas de la même façon, et lutter contre le charançon du pois demande donc deux approches bien distinctes. Je te présente ici tout ce que j’ai mis des années à comprendre, condensé en un guide pratique.

Sitone et bruche : deux ravageurs du pois à ne pas confondre

Beaucoup de jardiniers regroupent sous le terme « charançon du pois » deux insectes très différents. Le sitone (Sitona lineatus) et la bruche (Bruchus pisorum) partagent certes la même plante hôte, le pois cultivé (Pisum sativum), mais leurs dégâts, leurs cycles et leurs périodes d’intervention ne se ressemblent pas du tout.

Le sitone est un petit coléoptère brun-gris de 4 à 5 mm, reconnaissable à ses stries dorsales claires. Il émerge dès le début du printemps, parfois dès janvier, et devient actif aussitôt que la température dépasse 12°C. Les adultes grignotent les feuilles en pratiquant des encoches semi-circulaires très caractéristiques sur le bord du limbe. C’est le premier signe d’alerte. Ces morsures restent secondaires si elles sont peu diverses, mais elles annoncent une ponte massive.

La bruche, elle, ne se montre qu’à partir de fin mai – début juin. Plus trapu que le sitone, ce coléoptère brun-noir de 4 à 5 mm porte des taches blanc-roux sur ses élytres et deux petites taches noires sur l’abdomen. Il vole autour des fleurs de pois, se nourrit de pollen, puis pond sur les gousses. Ce qui le rend redoutable, c’est son discrétion : on ne le voit souvent qu’une fois les dégâts faits, au moment d’écosser.

Le cycle du sitone : quand la vraie menace est sous terre

Une femelle sitone peut pondre jusqu’à 1 400 œufs, déposés sur les parties basses des feuilles et tiges dès que les températures franchissent les 12°C. Les pontes s’étalent de mai à juillet. Les larves éclosent en 2 à 3 semaines et descendent immédiatement vers les racines. Leur taille ne dépasse pas 5 à 6 mm, mais leur appétit est destructeur : elles s’attaquent immédiatement aux nodosités, ces petites structures qui fixent l’azote atmosphérique. Les racines noircissent et meurent.

Le développement larvaire dure 30 à 40 jours avant la nymphose, suivis de 10 à 20 jours pour l’adulte. En automne, les sitones rejoignent les haies, les jachères et les tas de feuilles mortes pour passer l’hiver. Présent sur toute la France, le sitone cause des dégâts amplifiés dans les pays à climat semi-aride comme le Maroc et la Tunisie.

Le cycle de la bruche : l’ennemi silencieux des graines

La femelle bruche pond environ 400 œufs d’un seul coup, directement sur les gousses proches de maturité. Ces œufs minuscules, à peine 1/2 mm, éclosent en une dizaine de jours. La larve perce la gousse, s’installe dans une graine unique, et commence sa mue. Cette phase dure un mois et demi environ. La nymphose prend encore 10 jours. Courant août, l’adulte est formé mais reste à l’intérieur de la graine, qu’il a préparée avec un petit orifice de sortie. Il hibernera là jusqu’au printemps suivant, passant totalement inaperçu.

La bruche est strictement monophage : elle ne s’attaque qu’au pois (Pisum sativum), contrairement à d’autres espèces qui ciblent les haricots, les lentilles ou les fèves. Les graines infestées perdent toute valeur alimentaire et leur pouvoir germinatif est totalement détruit.

Comment lutter contre le sitone du pois : méthodes biologiques et naturelles

La clé, c’est d’agir vite, avant la ponte. Combattre le sitone du pois efficacement suppose d’intervenir pendant la fenêtre courte entre l’émergence des adultes et la ponte sur les feuilles. Passé le stade des 6 feuilles sur la plante, les œufs sont généralement déjà en terre. Aucun traitement n’atteindra alors les larves enfouies dans les racines.

Le seuil de nuisibilité recommandé est de 5 à 10 encoches par feuille. En dessous, on surveille. Au-delà, on intervient. Voici les méthodes que je recommande, dans l’ordre d’intensité croissante :

  1. Saupoudrer de la cendre de bois sur le feuillage dès l’apparition des premiers adultes : les sitones fuient cet environnement.
  2. Pulvériser une infusion d’absinthe ou de tanaisie en fin d’après-midi, heure à laquelle les insectes sont le plus actifs. La tanaisie est particulièrement efficace.
  3. Utiliser un purin de pyrèthre si les infestations sont plus denses, en respectant les dosages et les conditions météorologiques.

Depuis le 1er janvier 2019, les produits insecticides conventionnels ne sont plus en vente aux jardiniers amateurs. On travaille donc exclusivement avec ce que la nature nous offre, et franchement, c’est largement suffisant si l’on agit au bon moment. Un bon travail du sol avant les semis, des binages réguliers et un semis dans un lit de semence léger et bien émietté réduisent considérablement les risques.

La décoction de tanaisie, ma recette de terrain

C’est ma préparation de référence depuis des années. La recette est simple : 30 g de fleurs séchées de tanaisie pour 1 litre d’eau. On laisse macérer 24 heures, puis on porte à ébullition 20 minutes avec un couvercle. Après refroidissement complet, on filtre et on pulvérise pur, de préférence en fin de journée. L’effet répulsif sur les coléoptères est notable, autant sur le sitone que sur la bruche.

Protéger et traiter les graines : la lutte contre la bruche du pois

Contre la bruche, la prévention reste le levier le plus efficace. Une fois les œufs pondus, aucun traitement, même chimique, ne peut atteindre les larves à l’intérieur des graines. Le combat se joue donc en amont et après la récolte.

Pour les pois destinés à la consommation fraîche, l’idéal est de récolter tôt, avant que les gousses ne soient complètement mûres et que les larves n’aient eu le temps de s’installer. Pour les semences, voici le protocole que j’applique systématiquement :

Étape Action Objectif
1 – Tri par flottaison Tremper les graines et éliminer celles qui flottent Identifier les graines infestées
2 – Séchage Laisser sécher complètement les graines saines Éviter la moisissure
3 – Congélation Une semaine au congélateur Tuer les éventuelles larves résiduelles
4 – Conservation Stocker au réfrigérateur jusqu’au semis Préserver le pouvoir germinatif

Les graines qui flottent au moment du tri ne doivent surtout pas être jetées dans le compost : des bruches pourraient en sortir et contaminer à nouveau le jardin. La solution la plus sûre reste d’acheter des graines certifiées saines auprès de semenciers fiables.

La décoction de tanaisie pulvérisée sur les pieds de pois pendant la floraison peut limiter la ponte en agissant comme répulsif. Ça ne remplace pas la vigilance, mais ça renforce la protection. Dans tous les cas, observer régulièrement ses cultures reste le meilleur des systèmes d’alerte précoce.

Pour aller plus loin sur les mécanismes de la lutte biologique, je te recommande de consulter le wiki de la lutte biologique ainsi que le wiki de la lutte bio, deux ressources sérieuses sur le sujet.

Laisser un commentaire

Recevez nos astuces et nos conseils en vous inscrivant à la newsletter