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Bouillie bordelaise : définition et utilisation

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L’article en bref

La bouillie bordelaise, découverte en 1882 en Médoc, demeure un fongicide bio incontournable.

  • Composition simple : mélange de sulfate de cuivre, chaux et eau, autorisé en agriculture biologique depuis 1885
  • Efficacité prouvée : les ions cuivre bloquent la germination des spores fongiques sur mildiou, tavelure et moniliose
  • Application préventive : traitements tous les 15 jours dès le printemps, avant l’apparition des maladies
  • Limite légale réduite : 4 kg de cuivre/ha/an depuis 2019 pour minimiser l’accumulation toxique dans les sols
  • Risques sanitaires : protection obligatoire contre dermites, eczémas et Vineyard Sprayers’ Lung chez les applicateurs chroniques

En 1882, une promenade dans les vignes du château Ducru-Beaucaillou à Saint-Julien-Beychevelle, en Médoc, a changé l’histoire de la viticulture mondiale. Alexis Millardet, professeur de botanique à la faculté des sciences de Bordeaux, remarque que certains pieds de vigne en bordure de chemin affichent une santé remarquable. La raison ? Un simple mélange de sulfate de cuivre et de chaux, appliqué pour décourager les voleurs de raisins. Cette anecdote savoureuse est à l’origine de la bouillie bordelaise, l’un des fongicides les plus anciens encore utilisés aujourd’hui. Je t’explique tout.

Qu’est-ce que la bouillie bordelaise : définition et composition

Une formule simple aux effets puissants

La bouillie bordelaise est un fongicide composé de trois ingrédients : de l’eau, du sulfate de cuivre et de la chaux (oxyde ou hydroxyde de calcium). Elle se présente sous forme de poudre bleue micronisée mouillable. Autorisée en agriculture biologique depuis 1885 en Europe, elle reste l’un des rares fongicides acceptés dans les cahiers des charges bio. Et justement, sur ce blog, c’est un sujet qui me tient à cœur : comprendre ce qu’on utilise, vraiment.

La composition initiale des expériences conduites entre 1883 et 1885 par Millardet et son collègue chimiste Ulysse Gayon — sur les vignobles de Nathaniel Johnston et au château Langoa — comprenait environ 3 kg de sulfate de cuivre pour 100 litres d’eau, avec un tiers de chaux vive. Aujourd’hui, les préparations commerciales françaises contiennent entre 17 et 50 % de cuivre. Pour 200 litres de bouillie par hectare, l’apport représente 4 kg de sulfate de cuivre, soit seulement 800 g de cuivre métal.

Comment agit le principe actif

Ce sont les ions cuivre(II) qui font le travail. Ils perturbent les enzymes présentes dans les spores de champignons, bloquant leur germination. Le mécanisme est simple mais efficace. Une partie des ions doit toutefois rester inactive — trop de cuivre libéré trop vite provoque une phytotoxicité, autrement dit des dégâts sur les plantes elles-mêmes.

Pour améliorer l’adhérence sur les feuilles, on peut ajouter un litre de lait écrémé pour 10 litres de bouillie, ou utiliser des mouillants à base d’alcool terpénique. Certains ajoutent du savon noir. Ce sont des petites astuces de terrain que j’ai vues fonctionner dans plusieurs jardins potagers.

Contre quelles maladies l’utiliser

La bouillie bordelaise a d’abord été développée pour lutter contre le mildiou, observé pour la première fois dans le sud-ouest de la France en 1878. Mais son spectre d’action est plus large :

  • Mildiou (vigne, tomate, pomme de terre)
  • Tavelure, cloque du pêcher, moniliose
  • Chancre et certaines bactérioses
  • Maladies cryptogamiques des arbres fruitiers et rosiers

Pour prévenir les maladies des plantes en agriculture biologique, ce fongicide reste souvent la première ligne de défense, notamment sur la vigne et les cultures maraîchères.

Comment et quand utiliser la bouillie bordelaise au jardin

Les bonnes périodes d’application

L’utilisation est essentiellement préventive. On applique la bouillie bordelaise à l’automne après la chute des feuilles, ou en fin d’hiver avant le redémarrage de la végétation. Pour la tomate, la pomme de terre, la vigne et les fraisiers, des traitements tous les 15 jours sont recommandés à partir de la mi-printemps.

Attention — une pluie de 20 à 40 mm suffit à lessiver la protection. Il faut alors réappliqufrer sans attendre. Le délai avant récolte est de 21 jours, et le délai avant d’entrer dans la parcelle varie entre 6 et 48 heures selon les formulations commerciales. Ne traite surtout pas les fruits directement : risque de mauvais goût et d’intoxication.

Tableau comparatif des limites légales d’utilisation en bio

Période Limite autorisée Période de calcul
Jusqu’au 31/12/2005 8 kg de cuivre/ha Annuelle
01/01/2006 – 01/02/2019 6 kg/ha/an Moyenne sur 5 ans
Depuis le 01/02/2019 4 kg/ha/an Moyenne mobile sur 7 ans

Ces réductions successives ne sont pas anodines. Elles reflètent une prise de conscience progressive des impacts environnementaux du cuivre, confirmée par des données de terrain préoccupantes. Le Plan Écophyto, lancé en 2008, s’inscrit dans cette même logique de réduction des intrants phytosanitaires.

Les risques à connaître avant de traiter

Je ne vais pas te mentir : la bouillie bordelaise n’est pas un produit anodin. L’enquête LUCAS, portant sur 21 682 échantillons de sols prélevés dans 25 pays de l’Union européenne, a révélé en 2018 que les sols de vignobles atteignaient jusqu’à 49,3 mg/kg de cuivre, contre 33,5 mg/kg en oliveraie et 27,3 mg/kg en verger. La teneur naturelle d’un sol sain se situe entre 2 et 60 mg/kg. L’INRA a même trouvé plus de 200 mg/kg dans plusieurs régions françaises — un niveau toxique pour les vers de terre, les micro-organismes, et à terme pour les mammifères.

Pour les applicateurs, le risque est réel. Décrit dès 1975 chez des ouvriers viticulteurs portugais, le Vineyard Sprayers’ Lung est une pneumopathie grave liée à l’inhalation chronique de cuivre. Par ailleurs, 80 % des symptômes recensés chez les utilisateurs concernent dermites et eczémas. Utilise absolument un équipement de protection adapté.

Face à ces constats, je recommande d’analyser les alternatives naturelles pour lutter contre les parasites et maladies dès que c’est possible. Le purin d’orties et le purin de prêles, par exemple, renforcent la résistance des végétaux aux champignons sans accumulation métallique dans le sol. Ce ne sont pas des solutions miracles, mais elles méritent une vraie place dans ta stratégie de jardin bio.


Sources : wiki de la lutte bio

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